Le Canada ne combat pas les feux de forêt Il est en train de perdre une guerre

Chaque été, nous entendons le même message rassurant : protéger les vies humaines est notre priorité absolue, et nous faisons tout ce qui est possible pour combattre les feux de forêt. Mais si cette façon de penser commençait tout simplement trop tard?

Cet article soutient que le Canada se prépare aux feux de forêt comme s’il vivait encore avec le climat d’hier plutôt qu’avec celui de demain. Lorsqu’une communauté est forcée d’évacuer, la première bataille est déjà perdue. Le véritable défi n’est pas seulement de réagir aux catastrophes, mais de les anticiper des années à l’avance.

Il est peut-être temps de cesser de considérer les feux de forêt comme des urgences saisonnières et de commencer à les traiter comme un défi permanent de sécurité nationale. Si cette idée vous met mal à l’aise, poursuivez votre lecture.

Lorsque nos voisins américains se sont plaints de « notre fumée », ma première réaction a été de rejeter cette critique pour ce qu’elle était : un autre épisode du conflit tarifaire. Se plaindre de la fumée qui traverse la frontière tout en imposant des tarifs douaniers à son plus proche allié me paraissait ridicule. Point final.

Puis, plus tard cette même journée, j’ai écouté un spécialiste universitaire en gestion forestière expliquer que le Canada faisait déjà tout ce qu’il était raisonnablement possible de faire. Après tout, nous rappelait-il, nous sommes confrontés à la nature.

L’intervieweuse n’était pas satisfaite. « Il doit bien y avoir autre chose que nous pouvons faire », demanda-t-elle.

La réponse qui suivit avait un air familier. Calme. Rassurante. Réconfortante. Le genre de réponse qui laisse entendre que le système fonctionne fondamentalement bien et que, si nous faisons simplement preuve de prudence, tout ira bien. Oui, la foudre déclenche de nombreux incendies. Oui, nous devons tous être vigilants. Oui, la prévention est importante.

J’ai passé une bonne partie de ma vie professionnelle à écouter des gens qui excellent à défendre le statu quo. Ils élèvent rarement la voix. Ils paraissent rarement déraisonnables. Leur plus grand talent consiste à rendre l’inaction responsable.

Soyons honnêtes.

Que nous puissions encore ralentir les changements climatiques ou non, nous devons maintenant apprendre à nous adapter à leurs conséquences avec beaucoup plus d’urgence. Nous savons que les saisons des feux seront de plus en plus intenses, pourtant nous continuons à nous y préparer comme s’il s’agissait d’événements exceptionnels plutôt que de notre nouvelle réalité.

Puis, lorsqu’une autre saison désastreuse survient, nous annonçons fièrement que « nous faisons tout ce que nous pouvons ».

J’ai congédié des personnes pour avoir fait preuve de beaucoup moins d’imagination que cela. Si ce professeur avait travaillé pour moi, nous aurions eu une conversation très difficile. Non pas parce qu’il manquait de connaissances, mais parce qu’il semblait manquer de sens de l’urgence.

Le Canada est le pays qui a inventé le meilleur avion-citerne amphibie au monde. Pourtant, aujourd’hui, l’ensemble du pays ne dispose que d’environ soixante-quatre avions de type Canadair répartis dans six provinces. Cette flotte a été conçue pour un climat qui n’existe plus.

Si les changements climatiques constituent désormais notre réalité permanente, alors l’adaptation doit devenir notre stratégie permanente.

Nous devons cesser de considérer les feux de forêt comme des catastrophes naturelles isolées et commencer à les traiter comme une urgence nationale récurrente. Chaque été, des milliers de Canadiens sont évacués. Des communautés entières disparaissent derrière la fumée. Des autoroutes sont fermées. Des entreprises cessent leurs activités. Des familles perdent leur maison. Des millions de personnes, y compris nos voisins du sud, en subissent les conséquences.

Il ne s’agit plus simplement de foresterie. Il s’agit de résilience nationale.

Plus tôt aujourd’hui, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a répondu aux critiques américaines en affirmant que la priorité numéro un était de protéger les vies humaines. Évidemment. Mais protéger des vies commence bien avant le premier ordre d’évacuation. Cela commence par anticiper les catastrophes plutôt que de simplement y réagir. Nos institutions sont devenues remarquablement efficaces pour gérer les urgences. Elles demeurent remarquablement peu performantes lorsqu’il s’agit de préparer la prochaine.

Voilà toute la différence entre réagir à une crise et empêcher qu’elle ne devienne une catastrophe.

Imaginez un instant que le Canada aborde les feux de forêt comme il prépare sa défense nationale. Nous n’attendrions pas le début de l’invasion pour découvrir que nous manquons d’avions. Nous construirions la flotte dès maintenant. Nous formerions davantage de pilotes. Nous investirions dans les satellites, les drones, l’intelligence artificielle, les systèmes de détection rapide et une coordination fédérale permanente capable de déployer des ressources partout au Canada en quelques heures.

Nous commanderions tous les avions de lutte contre les incendies que nos fabricants sont capables de produire et, s’ils ne peuvent pas les construire assez rapidement, nous les aiderions à accroître leur capacité de production jusqu’à ce qu’ils le puissent. Les feux de forêt ne sont plus des désagréments saisonniers. Ils sont devenus une menace nationale récurrente.

La nature ne négocie pas. Elle ne fait aucun compromis. Elle ne se soucie ni des budgets, ni des compétences gouvernementales, ni des cycles électoraux.

Chaque année, elle nous pose la même question : « Vous êtes-vous enfin adaptés? » Chaque année, nous répondons par une autre conférence de presse expliquant que nous faisons tout ce que nous pouvons.

Peut-être devrions-nous cesser de parler de feux de forêt. Peut-être devrions-nous parler de guerres forestières. Une guerre exige de la préparation. Une guerre exige des ressources. Une guerre exige du leadership.

Et surtout, elle exige que nous cessions de combattre l’ennemi de demain avec les stratégies d’hier.

AJH